Mon métier d’ingénieur en situation de handicap

Comme certains parmi vous le savent, je suis ingénieur de formation. Je travaille en tant que Chargé d’opérations immobilières pour un bailleur social. Aujourd’hui, cela fait presque deux ans que je travaille dans la même entreprise, et force est de constater que cela se passe très bien à tous les niveaux. J’en suis vraiment très satisfait : j’aime ce que je fais, l’ambiance de travail est agréable, je gagne bien ma vie, je travaille juste à côté de là où j’habite. Que demander de plus ? Mon handicap, pourtant considéré comme particulièrement lourd, n’est plus un obstacle à l’exercice de mon métier, et je dirai même qu’il importe peu.

Bref, on est bien loin de la vision misérabiliste et très négative du handicap en entreprises véhiculée par la société et les médias. Il suffit de jeter un coup d’œil aux articles de presse sur le sujet pour s’en rendre compte. Si ces articles illustrent sans doute une certaine réalité, ils ont cependant un effet dévastateur ! Aussi bien chez les candidats en situation de handicap que chez les entreprises cherchant à embaucher.

Récemment, je suis tombé sur un article du Figaro très encourageant, intitulé « Les handicapés ont 3 fois moins de chance d’avoir un emploi ». Cela commence très bien !

L’article présente toute une série de statistiques plus déprimantes les unes que les autres, qui montrent qu’être handicapé, c’est la galère assurée dans le monde du travail ! Les commentaires des internautes ne font que rajouter de l’ombre à ce tableau déjà bien sombre, avec leur lot de préjugés qui ne font que corroborer la thèse défendue par l’article.

Je ne dis pas que le contenu de l’article n’est pas valable, mais j’ai quelques questions à vous poser :

  • Cet article va-t-il contribuer à améliorer l’emploi des personnes handicapées ?
  • Dire aux personnes handicapées qu’elles n’ont aucune chance va-t-il les aider et les motiver à chercher un emploi ?
  • Les entreprises vont-elles avoir envie d’embaucher des personnes handicapées, présentées comme des « bras cassés », au chômage et sans diplôme ?

L’objectif de mon article est donc, une fois n’est pas coutume, de vous présenter le handicap en entreprise sous un angle plus positif, à travers mon expérience personnelle. Et de montrer autour de moi que OUI, le handicap en entreprise peut être synonyme de réussite, et peut même constituer un avantage pour l’entreprise. OUI, on peut travailler et apporter beaucoup même avec un handicap très lourd. OUI, une personne handicapée peut avoir un poste qualifié, de niveau cadre et avec responsabilités. Et NON, aménager un poste de travail pour le handicap n’est pas toujours difficile et coûteux.

En quoi consiste mon métier ?

Pour commencer, je voulais vous présenter en quoi consiste mon métier. Le métier de chargé d’opérations immobilières est un métier de gestion de projets. Le chargé d’opérations immobilières a pour vocation le pilotage de plusieurs opérations immobilières pour le compte de son entreprise. En gros, il est chargé de faire avancer et mener à leur terme les projets de construction et de réhabilitation de sa société. Il coordonne les différents intervenants (l’architecte et les bureaux d’études, les entreprises de travaux, les collectivités locales), tout en s’assurant du respect des délais et du budget alloué à l’opération.

Puisque j’exerce mon métier chez un bailleur social, les projets dont je m’occupe concernant la construction et la rénovation de logements sociaux, à destination de personnes à revenus modestes.

On peut accéder à ce poste de 2 façons principalement : par l’intermédiaire d’un diplôme d’ingénieur en génie civil (Bac+5), ou bien avec un diplôme d’architecte, ou bien encore après être passé par d’autres postes et avoir acquis une certaine expérience. En ce qui me concerne, je suis ingénieur en génie civil de formation (INSA Lyon) et j’ai accédé à ce poste suite à une 1ère expérience d’ingénieur calcul de structures, à l’âge de 23 ans.

Comment je fais pour travailler avec mon handicap ?

Mon poste de travail :

Travailler est plutôt facile pour moi car mon poste est adapté à ma situation. On pourrait penser que j’ai besoin de nombreux aménagements pour pouvoir travailler, étant donné la lourdeur de mon handicap. Or, il n’en est rien. Je travaille essentiellement sur ordinateur, support sur lequel je suis totalement autonome. L’ordinateur n’a nécessité qu’une seule adaptation : l’achat d’une souris d’ordinateur, un modèle très petit et très sensible que l’on trouve dans le commerce pour 15€ (logitech mini-mouse M187).

Aussi, pour poser mon bras et piloter l’ordinateur, j’ai fait l’acquisition d’une petite tablette sur un pied chez Ikea, réglable en hauteur, dont je peux m’approcher très facilement avec mon fauteuil roulant. Prix : 30 € (tablette pour PC Ikea).

Enfin, pour éviter que ma main ne se refroidisse l’hiver, je me suis aussi équipé d’un chauffage électrique soufflant que je pose directement sur la table. Prix : 30 €. Pour téléphoner, rien de plus simple : mon téléphone fixe est équipé d’un casque sans fil avec micro sur lequel je prends et passe les appels. Pour décrocher et composer un numéro de téléphone, un logiciel me permet de le faire en toute autonomie depuis l’ordinateur. Et pour les quelques tâches non informatiques que je ne peux effectuer seul (imprimer, scanner et classer des documents, ouvrir mon courrier et en envoyer), mon auxiliaire de vie est là pour m’aider à les accomplir.

Comme vous le voyez, dans mon cas, quelques aménagements simples pour une somme dérisoire suffisent pour travailler dans de bonnes conditions. Et lorsque les aménagements plus coûteux sont nécessaires, l’Agefiph (Agence pour l’emploi des personnes handicapées) peut prendre en charge ces dépenses.

Les rdv extérieurs :

Dans le cadre de mon travail, je suis souvent amené à me déplacer pour des rdv à l’extérieur. On pourrait penser qu’une personne à mobilité réduite, dont les déplacements sont plus difficiles, reste 100% de son temps dans son bureau. Là encore cela relève de l’idée reçue, car pour moi il n’en est rien. Et d’ailleurs je ne souhaite pas avoir un poste 100% sédentaire, je pense que je m’ennuierai à la longue. Je me déplace donc souvent sur l’agglomération lyonnaise, principalement à Lyon et Villeurbanne, ainsi que sur les communes limitrophes. Je vais à la rencontre aussi bien des collectivités locales, des locataires dont nous allons rénover les logements, des voisins des parcelles sur lesquelles nous construisons des logements, je vais visiter les sites sur lesquels nous avons des projets avec les architectes, entreprises de travaux, géomètres, je visite des immeubles proposés à la vente. Il est vrai que tout n’est pas souvent accessible, en particulier les immeubles anciens, mais ce n’est pas un problème car je suis toujours accompagné à minima par mon auxiliaire de vie. Pour me déplacer, j’utilise les transports en commun dans la majorité des cas, le réseau lyonnais étant très accessible. Il m’arrive également de faire appel au service de transport spécialisé Optibus, lorsque je me rends plus à l’extérieur de la ville.

Comment se déroule ma journée de travail ?

J’ai choisi d’exercer un poste à plein temps, c’est plus facile dans mon métier, même si des aménagements du temps de travail sont possibles (4/5ème par exemple). Je suis accompagné en permanence par un auxiliaire de vie en semaine, que je travaille ou non. J’en ai de toute façon besoin du fait de mon handicap. Voici donc comment se déroule une journée de travail classique pour moi. Je suis plutôt de nature matinale. Le matin, mon auxiliaire de vie arrive à 7H45 à la maison et nous partons ensemble au travail. J’arrive au travail à 8H10. J’ai la chance d’habiter relativement proche de mon lieu de travail, ce qui me permet d’y aller à pieds (enfin, à roulettes ^^). Je prends le bus uniquement par mauvais temps ou lorsqu’il fait froid. Je m’installe à mon bureau après avoir salué mes collègues, pour ceux qui sont déjà là. La 1ère chose que je fais, c’est consulter mes mails et y répondre. Quand je suis à mon travail, je passe la majorité de mon temps derrière mon ordinateur, et en passant des coups de téléphone de temps en temps. Le reste du temps, je vais voir certains de mes collègues, je suis en réunion ou bien en déplacement à l’extérieur. En général, je prends une pause de 12H à 14H, ce qui me laisse le temps de rentrer à la maison, de manger et passer aux toilettes. L’après-midi, je suis de retour pour 14H. Le soir, je termine ma journée de travail entre 18H et 18H30, sauf le lundi soir où je pars un peu plus tôt (17H30) car j’ai rdv de kiné.

Les déplacements professionnels : toute une organisation

De temps en temps, une dizaine de fois par an, je suis amené à partir en déplacement, principalement pour des formations. Je me rends essentiellement à Paris, ainsi qu’à Metz où se trouve le siège du groupe. Lorsque je vais à Paris, je pars souvent à la journée, en partant avec le train de 6H et en rentrant vers 20H. En revanche, lors je pars à Metz, c’est forcément sur au moins 2 jours car il faut plus de temps pour s’y rendre, et cela implique de trouver une chambre d’hôtel accessible. En soi, ce n’est pas difficile à condition d’anticiper les choses et de tout organiser à l’avance. Car il y a peu de places pour fauteuil roulant dans un tgv et très peu de chambre d’hôtel accessibles. Premier arrivé, premier servi !

Conclusion :

Travailler avec un handicap comme le mien est plutôt facile lorsque tout est bien organisé et que c’est devenu une habitude. Le plus difficile c’est bien entendu d’en arriver là, après avoir affronté une vague de préjugés aussi faux qu’infondés au sujet du handicap, dont la portée et l’impact sont eux, bien réels.

4 réflexions au sujet de « Mon métier d’ingénieur en situation de handicap »

  1. Bonard

    Merci Antoine pour ce témoignage positif, intelligent, humain. Je ne doute pas qu’il aidera beaucoup de personnes.Tu as un coeur gros comme ça!. Bises. Marie – Claude

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