Handicap et études supérieures – Partage d’expérience

Aujourd’hui, je voulais parler de mon expérience d’étudiant en situation de handicap.
Tout cela pour vous dire qu’il est parfaitement envisageable de faire de longues
études même avec un handicap important. Et aussi afin de vous aider en partageant mon expérience, si vous envisagez les études supérieures avec un handicap.

Actuellement dans la vie active, c’est non sans une certaine nostalgie que j’évoque ces
belles années, riches et studieuses à la fois.

Choix de l’école : Insa ou prépa

En matière d’orientation, mon choix a été assez rapide à faire au lycée. Etant donné mon profil
scientifique et mes résultats scolaires, j’ai très vite décidé de devenir ingénieur, métier à la fois intéressant pour ceux qui aiment la technique, et compatible avec mon handicap.

J’ai cependant hésité entre les classes prépa et les grandes écoles d’ingénieur post-bac. Habitant sur Lyon, il est clair que j’avais plutôt pas mal de choix en restant dans ma ville d’origine.

J’ai choisi de faire l’INSA de Lyon, pour plusieurs raisons. Déjà car elle propose plus de 12 spécialités de formation et aussi parce qu’elle était très bien classée parmis les écoles d’ingénieur post-bac en France. Aussi pour des raisons pratiques : à 10 min de la maison en tramway, et puisque les 5 années d’études seraient à Lyon et au même endroit, ce qui simplifiait de beaucoup l’organisation.
Une autre possibilité étaient les classes prépa du lycée ou j’étudiais déjà, le Lycée du Parc à Lyon, et tous les profs m’encouragaient à choisir cette voie.
Cependant, je savais qu’après 2 ans de prépa, je n’étais pas du tout sûr de pouvoir
rester sur Lyon, selon les résultats des concours, pour lesquels je n’allais d’ailleurs pas pouvoir avoir de 1/3 temps supplémentaire comme c’était le cas pour le bac. Je savais également que le rythme des prépas était très intense et le niveau très élevé, surtout dans l’un des meilleurs lycée de prépa de province.

Le choix étant fait, j’ai été admis sur dossier à l’INSA de Lyon, sous réserve d’obtention du bac, que j’ai eu le mois suivant. J’étais heureux de constater qu’aucune distinction n’était faite entre les élèves handicapés et les autres, et que nous étions uniquement jugés sur les résultats scolaires.

Bien entendu subsistaient quelques appréhensions, concernant le niveau élevé demandé par cette école, et également concernant l’accompagnement des étudiants
handicapés. Mais j’étais loin de m’imaginer tout ce que l’INSA mettait en oeuvre pour bien intégrer les étudiants en situation de handicap.

Intégration à l’école :

Quelques temps avant d’être admis, nous avons commencé à échanger avec l’école afin d’organiser mon arrivée.
Assez en amont, nous avons décidé que ce serait à moi et à mes parents de nous occuper des auxiliaires de vie pour m’accompagner en cours, et que l’école se chargerait de tout ce qui concerne la scolarité à proprement parler.

Nous avons donc déposé un dossier à la MDPH du Rhône afin d’avoir des auxiliaires de vie pour m’accompagner pendant les cours. Nous avons obtenus sans difficultés les nombre d’heures d’accompagnement nécessaire sans difficulté.
Durant toute ma scolarité, j’ai été accompagné par le service d’auxiliaires Adiaf-Savarahm, qui se chargeait de trouver des auxiliaires selon mon planning de cours.

De son côté, l’école a mis en place tout ce qui était nécessaire pour que mes études se passent bien.
Quelques aménagements pour faciliter l’accés aux bâtiments, à savoir des portes automatiques, qui ont finalement été utiles à tous. Et aussi, la mise en place d’un tiers temps aux examens, ainsi que la version numérique des supports de cours.
Vers la fin de mon cursus, n’étant plus en capacité d’écrire, des éléves étaient chargé de me scanner leurs cours, et je bénéficiai d’un secrétaire lors des examens qui écrivait pour moi.

Avec tout cela, je n’avais pas d’autre choix que de réussir, ne serait-ce que pour honorer la qualité de l’accompagnement des éléves handicapés. Aussi car j’étais le premier myopathe de Duchenne à étudier dans cette école, je devais réussir afin que d’autres puissent suivre le même cursus. Ces deux éléments m’ont, je le pense, donner la motivation à travailler, d’autant plus lorsque les résultats n’étaient pas au rendez-vous.

Les débuts :

Début septembre 2009, j’ai enfin découvert la vie d’étudiant, partagé entre hâte et appréhension.

Tout a bien commencé avec l’intégration (ou bizutage^^), tout un tas d’événements festifs organisés par les 2émes années, plein de bons moments qui ont laissés de super souvenirs !

Passé la premiére semaine, les cours ont vraiment démarré, et le moins que l’on puisse dire,
c’est que le rythme était plutôt rapide et le niveau bien au-dessus de ce qui était demandé au lycée !

Même si j’ai eu quelques cartons je m’en suis plutôt bien sorti et je suis passé sans difficulté en deuxiéme année.

Il est vrai que cela m’ demandé beaucoup de travail, jusque tard le soir et tous les week-end. Cela ne m’a pas empêché pour autant de profiter de la vie étudiante : les soirées, la vie associative, et bien sur les 24h de l’INSA, l’un des plus grands festivals de concert de la région. Même si je n’étais pas un grand fêtard, je trouvais le temps d’aller à des soirées de temps à autre, souvent le jeudi soir.
Il faut dire que j’étais assez bien intégré parmi les autres étudiants, bien plus qu’au lycée en tout cas.

Le choix de la spécialité :

En deuxième année, il était temps de choisir la spécialité que je voulais faire pour les 3 années suivantes. Sachant que je devais être suffisamment bien classé dans la promotion pour avoir le choix. D’autant plus que je voulais faire du Génie Civil, puisque j’étais fasciné depuis toujours par les constructions, une des spécialités les plus demandées.

Étant donné que j’étais plutôt bien classé parmi l’ensemble des éléves de 2éme année, j’ai pu choisir la spécialité génie civil que je voulais, et j’y ai été admis sans problémes.

Le plus dur était fait, et j’allais enfin faire des choses plus concrétes, à la place des maths et de la physique à haute dose.

Les années de spécialisation : entre formation, projet et stages :

La formation en département était nettement plus concréte et prôche de mon futur métier d’ingénieur, donc vraiment intéressante. Certes, la difficulté était moindre mais la quantité de travail restait importante en raison des nombreux projets à faire en dehors des cours.

Ces trois années furent bien remplies car nous étions en stage pendant l’été, et à l’école le reste
de l’année. J’ai été agréablement surpris de trouver assez facilement des stages, comparé à ma récente recherche d’emploi. Notamment car les entreprises prennent peu de risques en recrutant un stagiaire pour quelques mois.

J’ai donc effectué deux stages sur Lyon en bureau d’études, dans de grandes entreprises :
Eiffage Construction en 2012 et Technip en 2013 (oô je travaille désormais). Ces expériences ont été positives car j’y ai appris plein de choses et les entreprises ont fait le nécessaire pour bien m’accueillir.

Dernière année :

La dernière année a été la plus tranquille de toutes, car la plupart des créneaux horaire étaient dédiés aux projets de fin d’études, et en totale autonomie, ce qui était appréciable.

J’avais choisis l’option Aménagement Urbain, une thématique passionnante qui s’intéresse à l’aménagement et au développement des villes, ainsi qu’à l’urbanisme.

Dans le cadre de cette année, j’ai travaillé en groupe sur une vaste opération de renouvellement urbain à La Duchère (Lyon 9ème) pour un bailleur social (GLH). J’ai également pris plaisir à participer à la mise au point d’un béton innovant pour un industriel (société Cubik Home).

L’année s’est alors terminé en beauté : les soutenances finales ont marqué la fin des études et resteront un souvenir marquant. Et le lendemain de la dernière soutenance, nous sommes partis, moi et 19 camarades de promo, pour un voyage d’une semaine aux Baléares ! Nous y avons passé de bons moments.

La remise officielle des diplômes reste à venir, j’attends ce moment avec grande impatience !

En définitive, je dirai que les études sont tout à fait envisageables, même avec un handicap
important, pour peu de s’en donner les moyens. Et en anticipant le plus possible afin d’avoir le temps de tout organiser au mieux.

2 réflexions au sujet de « Handicap et études supérieures – Partage d’expérience »

  1. C. Colin (chargée de mission handicap ENS Cachan)

    Votre témoignage est très intéressant et très positif quant à l’accomagnement dans vos études à l’INSA. En revanche, je m’interroge sur l’une des raisons qui vous ont poussé à ne pas aller en prépa: les 1/3 temps sont en effet tout à fait envisageables et accordés pour les concours…. aviez-vous un concours spécifique en tête?

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    1. Antoine-Durand Auteur de l’article

      Merci pour ce commentaire. Concernant mon choix d’orientation, je savais que la période des concours était particulièrement éprouvante et fatigante, qui plus est difficile à organiser. Je comptais aussi rester à Lyon, ma ville d’origine, pendant toute la durée de mes études. Les écoles qui m’intéressaient étaient Centrale Lyon et l’ENS Lyon, pas évidentes à obtenir. L’INSA de Lyon m’apparaissait plus accessible et plus pratique en termes d’organisation, et avec des possibilités professionnelles tout à fait comparables aux grandes écoles.

      Répondre

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