Archives mensuelles : juin 2017

Mon métier d’ingénieur en situation de handicap

Comme certains parmi vous le savent, je suis ingénieur de formation. Je travaille en tant que Chargé d’opérations immobilières pour un bailleur social. Aujourd’hui, cela fait presque deux ans que je travaille dans la même entreprise, et force est de constater que cela se passe très bien à tous les niveaux. J’en suis vraiment très satisfait : j’aime ce que je fais, l’ambiance de travail est agréable, je gagne bien ma vie, je travaille juste à côté de là où j’habite. Que demander de plus ? Mon handicap, pourtant considéré comme particulièrement lourd, n’est plus un obstacle à l’exercice de mon métier, et je dirai même qu’il importe peu.

Bref, on est bien loin de la vision misérabiliste et très négative du handicap en entreprises véhiculée par la société et les médias. Il suffit de jeter un coup d’œil aux articles de presse sur le sujet pour s’en rendre compte. Si ces articles illustrent sans doute une certaine réalité, ils ont cependant un effet dévastateur ! Aussi bien chez les candidats en situation de handicap que chez les entreprises cherchant à embaucher.

Récemment, je suis tombé sur un article du Figaro très encourageant, intitulé « Les handicapés ont 3 fois moins de chance d’avoir un emploi ». Cela commence très bien !

L’article présente toute une série de statistiques plus déprimantes les unes que les autres, qui montrent qu’être handicapé, c’est la galère assurée dans le monde du travail ! Les commentaires des internautes ne font que rajouter de l’ombre à ce tableau déjà bien sombre, avec leur lot de préjugés qui ne font que corroborer la thèse défendue par l’article.

Je ne dis pas que le contenu de l’article n’est pas valable, mais j’ai quelques questions à vous poser :

  • Cet article va-t-il contribuer à améliorer l’emploi des personnes handicapées ?
  • Dire aux personnes handicapées qu’elles n’ont aucune chance va-t-il les aider et les motiver à chercher un emploi ?
  • Les entreprises vont-elles avoir envie d’embaucher des personnes handicapées, présentées comme des « bras cassés », au chômage et sans diplôme ?

L’objectif de mon article est donc, une fois n’est pas coutume, de vous présenter le handicap en entreprise sous un angle plus positif, à travers mon expérience personnelle. Et de montrer autour de moi que OUI, le handicap en entreprise peut être synonyme de réussite, et peut même constituer un avantage pour l’entreprise. OUI, on peut travailler et apporter beaucoup même avec un handicap très lourd. OUI, une personne handicapée peut avoir un poste qualifié, de niveau cadre et avec responsabilités. Et NON, aménager un poste de travail pour le handicap n’est pas toujours difficile et coûteux.

En quoi consiste mon métier ?

Pour commencer, je voulais vous présenter en quoi consiste mon métier. Le métier de chargé d’opérations immobilières est un métier de gestion de projets. Le chargé d’opérations immobilières a pour vocation le pilotage de plusieurs opérations immobilières pour le compte de son entreprise. En gros, il est chargé de faire avancer et mener à leur terme les projets de construction et de réhabilitation de sa société. Il coordonne les différents intervenants (l’architecte et les bureaux d’études, les entreprises de travaux, les collectivités locales), tout en s’assurant du respect des délais et du budget alloué à l’opération.

Puisque j’exerce mon métier chez un bailleur social, les projets dont je m’occupe concernant la construction et la rénovation de logements sociaux, à destination de personnes à revenus modestes.

On peut accéder à ce poste de 2 façons principalement : par l’intermédiaire d’un diplôme d’ingénieur en génie civil (Bac+5), ou bien avec un diplôme d’architecte, ou bien encore après être passé par d’autres postes et avoir acquis une certaine expérience. En ce qui me concerne, je suis ingénieur en génie civil de formation (INSA Lyon) et j’ai accédé à ce poste suite à une 1ère expérience d’ingénieur calcul de structures, à l’âge de 23 ans.

Comment je fais pour travailler avec mon handicap ?

Mon poste de travail :

Travailler est plutôt facile pour moi car mon poste est adapté à ma situation. On pourrait penser que j’ai besoin de nombreux aménagements pour pouvoir travailler, étant donné la lourdeur de mon handicap. Or, il n’en est rien. Je travaille essentiellement sur ordinateur, support sur lequel je suis totalement autonome. L’ordinateur n’a nécessité qu’une seule adaptation : l’achat d’une souris d’ordinateur, un modèle très petit et très sensible que l’on trouve dans le commerce pour 15€ (logitech mini-mouse M187).

Aussi, pour poser mon bras et piloter l’ordinateur, j’ai fait l’acquisition d’une petite tablette sur un pied chez Ikea, réglable en hauteur, dont je peux m’approcher très facilement avec mon fauteuil roulant. Prix : 30 € (tablette pour PC Ikea).

Enfin, pour éviter que ma main ne se refroidisse l’hiver, je me suis aussi équipé d’un chauffage électrique soufflant que je pose directement sur la table. Prix : 30 €. Pour téléphoner, rien de plus simple : mon téléphone fixe est équipé d’un casque sans fil avec micro sur lequel je prends et passe les appels. Pour décrocher et composer un numéro de téléphone, un logiciel me permet de le faire en toute autonomie depuis l’ordinateur. Et pour les quelques tâches non informatiques que je ne peux effectuer seul (imprimer, scanner et classer des documents, ouvrir mon courrier et en envoyer), mon auxiliaire de vie est là pour m’aider à les accomplir.

Comme vous le voyez, dans mon cas, quelques aménagements simples pour une somme dérisoire suffisent pour travailler dans de bonnes conditions. Et lorsque les aménagements plus coûteux sont nécessaires, l’Agefiph (Agence pour l’emploi des personnes handicapées) peut prendre en charge ces dépenses.

Les rdv extérieurs :

Dans le cadre de mon travail, je suis souvent amené à me déplacer pour des rdv à l’extérieur. On pourrait penser qu’une personne à mobilité réduite, dont les déplacements sont plus difficiles, reste 100% de son temps dans son bureau. Là encore cela relève de l’idée reçue, car pour moi il n’en est rien. Et d’ailleurs je ne souhaite pas avoir un poste 100% sédentaire, je pense que je m’ennuierai à la longue. Je me déplace donc souvent sur l’agglomération lyonnaise, principalement à Lyon et Villeurbanne, ainsi que sur les communes limitrophes. Je vais à la rencontre aussi bien des collectivités locales, des locataires dont nous allons rénover les logements, des voisins des parcelles sur lesquelles nous construisons des logements, je vais visiter les sites sur lesquels nous avons des projets avec les architectes, entreprises de travaux, géomètres, je visite des immeubles proposés à la vente. Il est vrai que tout n’est pas souvent accessible, en particulier les immeubles anciens, mais ce n’est pas un problème car je suis toujours accompagné à minima par mon auxiliaire de vie. Pour me déplacer, j’utilise les transports en commun dans la majorité des cas, le réseau lyonnais étant très accessible. Il m’arrive également de faire appel au service de transport spécialisé Optibus, lorsque je me rends plus à l’extérieur de la ville.

Comment se déroule ma journée de travail ?

J’ai choisi d’exercer un poste à plein temps, c’est plus facile dans mon métier, même si des aménagements du temps de travail sont possibles (4/5ème par exemple). Je suis accompagné en permanence par un auxiliaire de vie en semaine, que je travaille ou non. J’en ai de toute façon besoin du fait de mon handicap. Voici donc comment se déroule une journée de travail classique pour moi. Je suis plutôt de nature matinale. Le matin, mon auxiliaire de vie arrive à 7H45 à la maison et nous partons ensemble au travail. J’arrive au travail à 8H10. J’ai la chance d’habiter relativement proche de mon lieu de travail, ce qui me permet d’y aller à pieds (enfin, à roulettes ^^). Je prends le bus uniquement par mauvais temps ou lorsqu’il fait froid. Je m’installe à mon bureau après avoir salué mes collègues, pour ceux qui sont déjà là. La 1ère chose que je fais, c’est consulter mes mails et y répondre. Quand je suis à mon travail, je passe la majorité de mon temps derrière mon ordinateur, et en passant des coups de téléphone de temps en temps. Le reste du temps, je vais voir certains de mes collègues, je suis en réunion ou bien en déplacement à l’extérieur. En général, je prends une pause de 12H à 14H, ce qui me laisse le temps de rentrer à la maison, de manger et passer aux toilettes. L’après-midi, je suis de retour pour 14H. Le soir, je termine ma journée de travail entre 18H et 18H30, sauf le lundi soir où je pars un peu plus tôt (17H30) car j’ai rdv de kiné.

Les déplacements professionnels : toute une organisation

De temps en temps, une dizaine de fois par an, je suis amené à partir en déplacement, principalement pour des formations. Je me rends essentiellement à Paris, ainsi qu’à Metz où se trouve le siège du groupe. Lorsque je vais à Paris, je pars souvent à la journée, en partant avec le train de 6H et en rentrant vers 20H. En revanche, lors je pars à Metz, c’est forcément sur au moins 2 jours car il faut plus de temps pour s’y rendre, et cela implique de trouver une chambre d’hôtel accessible. En soi, ce n’est pas difficile à condition d’anticiper les choses et de tout organiser à l’avance. Car il y a peu de places pour fauteuil roulant dans un tgv et très peu de chambre d’hôtel accessibles. Premier arrivé, premier servi !

Conclusion :

Travailler avec un handicap comme le mien est plutôt facile lorsque tout est bien organisé et que c’est devenu une habitude. Le plus difficile c’est bien entendu d’en arriver là, après avoir affronté une vague de préjugés aussi faux qu’infondés au sujet du handicap, dont la portée et l’impact sont eux, bien réels.

Week-end à Londres : Les sites touristiques (3/3)

Bonjour à vous,

Voici aujourd’hui le 3ème et dernier article de la série sur mon week-end à Londres en fauteuil roulant, au sujet des sites touristiques !

Comme je vous l’ai dit, Londres est une ville où l’on ne s’ennuie jamais. C’est un endroit très riche d’un point de vue culturel et artistique. Et bonne nouvelle : tout a été prévu pour les personnes à mobilité réduite ! De ce point de vue, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu une quelconque difficulté.

Pour commencer, la ville comporte de nombreux musées. Parmi eux, il y en a un d’incontournable : le British Museum, l’équivalent du musée du Louvre.

Le British Museum :Entrée du British Museum

Le British Museum est immense et présente de multiples collections : de l’Egypte ancienne à l’Europe médiévale en passant par la Grèce antique, il y a en pour tous les goûts. Sans oublier la pièce la plus connue du musée, la fameuse Pierre de Rosette, qui a servi à déchiffrer les hiéroglyphes. Que vous soyez féru d’histoire ou simple touriste, le British Museum vaut le détour, même si vous restez moins d’une heure.

L’avantage de ce musée, c’est qu’il est gratuit pour tous, et ouvert tous les jours de 10H à 17H. Il est bien entendu totalement accessible aux personnes en fauteuil roulant, présente plusieurs ascenseurs et des toilettes handicapés. Il est également possible d’emprunter un fauteuil roulant pour la visite à l’entrée. Le seul inconvénient c’est qu’il y a souvent beaucoup de monde, donc il n’est pas toujours facile de se déplacer et de voir les oeuvres lorsque l’on est en fauteuil. Pour cela il est préférable de venir le matin.

Le Musée Madame Tussauds :

Un autre musée à ne pas louper, c’est celui de Madame Tussauds et de ses célèbres personnages en cire. Il y en a beaucoup d’autres dans le monde mais celui de Londres est de loin le plus connu.

Là encore c’est un musée très grand sur plusieurs étages, avec des dizaines et des dizaines de personnages célèbres. On trouve parmi eux beaucoup de personnalités britanniques bien sûr, aussi bien des artistes comme Adele ou Emma Watson, des sportifs comme Lewis Hamilton, ou bien des dirigeants comme Theresa May, Sans oublier bien sûr la reine Elisabeth et toute la famille royale, et le très célèbre physicien handicapé Stephen Hawking.

Le reste du monde n’est pas oublié avec des personnalités de tous les domaines, comme les irremplaçables Gandhi et Mandela, ou encore Barack et Michele Obama. Vous passerez sans doute à côté de Donald J. Trump et de sa chevelure très réussie.

En revanche, c’est une attraction touristique plutôt coûteuse. Comptez 29£ pour un adulte et 24£ pour les moins de 16 ans si vous commander sur internet. Je vous recommande donc plutôt d’acheter un pack, qui comprend une ou plusieurs attractions de Londres en plus de l’entrée au musée Madame Tussauds. Par exemple vous pouvez visiter le musée Madame Tussauds et accéder à la grande roue London Eye pour 39£ pour un adulte et 28£ pour les moins de 16 ans. Rendez-vous ici pour acheter vos billets.

Pour les personnes en fauteuil roulant, le Musée Madame Tussauds est accessible et équipé d’ascenseurs réservés aux personnes à mobilité réduite. Mais là encore avec la foule ce n’est pas facile de circuler et de bien voir les personnages. Pour acheter vos billets, la procédure est la même pour tous les visiteurs, il n’y a pas besoin de préciser si vous êtes en fauteuil roulant. Après avoir fait l’acquisition des billets, il convient cependant de remplir le formulaire suivant ici pour préciser que vous êtes en fauteuil roulant, en indiquant à quel moment vous souhaitez faire la visite. Vous recevrez ensuite une confirmation par e-mail. En effet, pour des raisons de sécurité, il ne peut pas y avoir plus de 3 personnes en fauteuil roulant dans le musée en même temps.

London Eye (la Grande Roue) :

C’est une autre attraction que je vous recommande vivement. Avec ses 135 mètres de hauteur, la célèbre grande roue London Eye offre une vue à couper le souffle et à 360° sur le centre de Londres et ses alentours. Un tour dure une demi-heure et cela vous laisse largement assez de temps pour observer la ville, mais malgré tout ça passe très vite ! D’une côté, vous aurez un superbe point de vue sur la Tamise, Big Ben et le parlement, et la palais de Buckingham Palace. De l’autre, vous pourrez observer le quartier de La City et ses nombreux buildings, et vous amuser à reconnaître tout un tas d’autres constructions connues.

Il s’agit également d’une attraction payante. Un billet standard valable pour un tour coûte 23,5£ pour les adultes et 18,95£ pour les moins de 16 ans. Là encore je vous recommande d’acheter un pack comprenant 2, 3 ou 4 attractions pour payer moins cher. Les billets peuvent s’acheter sur cette page : ici.

Si vous êtes en fauteuil roulant, aucun problème : la grande roue est parfaitement accessible. L’entrée de la cabine est à la même hauteur que le quai, et le personnel stoppe la roue puis installe une petite rampe pour combler l’espace entre la cabine et le quai, le temps d’embarquer avec le fauteuil roulant. Même chose pour la descente. Et les cabines sont spacieuses, vous n’aurez aucun problème pour vous déplacer à l’intérieur.

De la même façon que pour Madame Tussauds, vous achetez vos billets via le lien donné précédemment et si vous êtes en fauteuil roulant, vous devez remplir le formulaire suivant ici en indiquant le moment souhaité pour la visite.

Hyde Park et Regent’s Park :

La ville de Londres comporte un total de 9 parcs royaux qui totalisent plus de 22 km2. Parmi eux, Hyde Park et Regent’s Park sont 2 parcs immenses en plein centre de Londres. Ce sont tout d’abord de très beaux parcs, très verts et très bien entretenus. Ce sont aussi des endroits particulièrement calmes, loin du trafic automobile. Je vous conseille de faire un tour par l’un d’entre eux. L’avantage de ces parcs c’est qu’ils sont gratuits et libres d’accès.

Shopping :

On ne peut faire un article sur le tourisme à Londres sans parler du shopping ! C’est une activité incontournable, aussi bien en semaine que le week-end, même le dimanche. En effet, la plupart des boutiques et grandes enseignes sont ouvertes le dimanche après-midi, et c’est même le moment où il y a le plus de monde.

L’endroit où il y a le plus d’enseignes, c’est sans conteste le long d’Oxford Street et de Regent Street, et à proximité de Piccadily Circus. Il y a pour tous les goûts et aussi pour tous les budgets. Si toutes les grandes enseignes sont accessibles en fauteuil roulant, c’est un peu moins vrai pour les petites boutiques qui ont parfois une marche à l’entrée.

Cet article est bien trop court pour citer tous les sites touristiques de la capitale britannique. On peut notamment citer dans lieux très connus que je n’ai pas mentionné comme Trafalgar Square, le pont de Tower Bridge ou encore le quartier d’affaires de La City. Il n’est pas possible de tout faire le temps d’un week-end. En tout cas l’expérience s’est avérée très positive avec un fauteuil roulant, et je pense qu’il devrait en être de même pour vous.